Il y eut bien longtemps, que naquit une jeune fille, dans la cour d'un royaume disparu depuis. Elle naquit au matin, auquel elle pris le nom: Aurore. Sa mère, veuve et reine du pays, mourut en accouchant. Ainsi s'acheva le règne d'une décennie, pour faire monter au trône une autre dynastie. Celle-ci eut de tous temps haït ces volatiles, noirs, aux ailes rugueuses que furent les corbeaux, pour leurs présages funestes. Aussi, le nouveau roi, fit inscrire dans les lois, un édit, à quelques mots celui-ci:
« Sa majesté le Roi du Pays
Fait part à ses sujets dévoués
Qu'un corbeau dont on ôtera la vie
Vaudrait son poids en monnaie »
Alléchés par cette récompense, tous les habitants du pays, s'affairèrent pour chasser cet oiseau maudit.
La nouvelle n'atteignit pas une petite chaumière, au fin fond du pays, qui abritait Aurore et une vieille femme, à qui la défunte reine avait confié l'enfant, qu'elle savait être bonne, tout en lui répétant:
« Elle ne doit vivre près d'un palais,
Préservez-la dans une forêt,
Afin que les incessantes querelles
Baignées d'Orgueil ne s'emparent de ma Belle »
Ainsi, la toute jeune Aurore, grandit dans cette clairière, que les bruits de la ville ne couraient pas encore. Elle eut atteint l'âge de dix ans, lorsque sur son chemin, elle rencontra un oiseau, blessé à l'aile qui la suppliait de ne pas l'achever. La fille lui demanda ce qu'il lui arrivait, il dit en gémissant:
« Je suis pris comme mauvais,
et toutes les bonnes gens
me poursuivent sans arrêt
Pour gagner leur argent »
« Je viens vous délivrer,
Petit oiseau souffrant »
« Faites vite, je les entends!! »
Aurore prit un morceau de son simple manteau, pour enrouler l'oiseau et protéger son aile. Elle l'emmena chez elle:
« Un café? Lui dit-elle
- Serré , il répondit
- Comment se tient votre aile?
- mieux qu'elle n'était, merci!!
J'aimerai avant de repartir
Avoir un cadeau à offrir.
- Que puis-je demander?
- Tout ce que vous voudrez!!! »
Pendant un instant, la blonde réfléchit. [ Le conte permet d'écrire toutes sortes de rêveries]. Puis elle dit:
« Mon rêve serait d'avoir des ailes
Pouvoir voler tel un oiseau
Le jour pouvoir atteindre le ciel
Et la nuit faire tomber les plumes de ma peau »
« Ainsi as-tu souhaité, chère enfant,
Et ainsi je te fais ce cadeau:
Tu verras le jour en corbeau
Et le quittera dans ton corps d'entant. »
L'oiseau s'envola en lui laissant ce don, que l'on découvrira être une malédiction.
La vieille servante s'occupant de l'enfant eut toujours interdit la fille de s'éloigner, à d'autres bords que ceux de la forêt. Mais la fille grandit, car tout enfant a ce malheur, et devint une belle jeune femme de nuit, et majestueux corbeau dès que le soleil rendait au ciel ses couleurs.
Ainsi se sentant libre et légère, comme toutes les jeunes filles de son ère, elle décida, dans son corps de corbeau, de quitter un instant la forêt, pour sonder les vilains de plus près. Elle arriva alors près d'un somptueux palais. Elle en survola les tours, visita chaque cour, de la petite fontaine au plus immense jardin. Elle se rêvait alors faire partie de la cour, être une princesse aux cheveux d'or, avoir un prince à ses genoux. Ce monde, elle ne le saura jamais, aurait pu lui appartenir, et comme un destin inexplicable, elle fut poussée à y revenir.
C'est alors ce qu'elle fit. Tous les jours de bon matin, dès que ses plumes couvrirent son corps, elle s'envolait dans le lointain, pour retrouver cet illustre décor. Elle parcourait tout le palais, chaque jour en découvrait un secret, jusqu'à, dans une après-midi, se poser sur une fenêtre. L'intérieur fut fait d'un lit, d'une grande armoire, d'une grande table, et assis sur une chaise à côté, comme dans tout conte le plus beau des êtres. Il était brun, les cheveux blonds, des yeux noisettes et bleus profonds, en somme un être plein de contradictions. Le corbeau qui s'était posé là, fut aperçu par l'un des gardes au fond, qui paniqua, avertit le chevalier qui entreprit de le chasser.
S'ensuit alors une folle poursuite. Le beau chevalier eut fait sonner l'alerte, aussitôt tous ses hommes se rangèrent derrière lui. La jeune Aurore fut bien surprise, que tous ces mâles en armures grises, se mettent à la poursuivre. Aussi s'enfuit-elle aussitôt, mais les soldats sur ses talons, elle s'enfonça dans la forêt, tandis que les hommes la cherchaient, dans chaque recoin de ce milieu, jusqu'à la tombée du feu des dieux. C'est à ce moment précis, que la forêt s'habillait de nuit, et que la belle oiseau de jour, se dévêtait de ses sombres atours.
Là, la jeune femme dénudée et tremblante, s'assit sur un rocher, et ses dents claquettantes, elle se mit à pleurer. Les arbres à côté d'elle, de leurs feuilles d'automne sanglotaient avec elle. Enfin, le chevalier roux qui la poursuivait, la rattrapa, sans savoir qu'elle était celle qui, quelques heures plus tôt, lui échappa.
Il dit ces mots:
« Demoiselle, je recherche un oiseau.
Celui-ci est de présage funeste,
Et afin que son sort n'atteigne point mes restes,
Il me faut l'égorger au plus tôt. »
Elle continuait de pleurer.
Le chevalier, en dragueur incontesté que lui prodiguait sa condition, descendit de son blanc étalon, approcha de la belle et tendit sa main sur sa joue.
« Pourquoi donc ces pleurs?
Et pourquoi, quoique belle, montrer cette nudité?
Vous aurait-on dépouillée?
Ou serait-ce d'un Don Juan dont souffre votre c½ur? »
Elle ne répondit pas.
Il enroula alors autour d'elle, sa grande cape noire semblant rappeler des ailes. La jeune fille aussitôt se leva, refusant alors de porter ce maudit atour. L'homme, entiché de la belle, n'en arrêta pour autant ses avances:
« Chère amie votre charme m'a séduit,
Epris de votre beauté je ne puis me résigner
A vous laisser en larmes dans cette forêt, de nuit,
Aussi vous prierai-je donc de m'accompagner »
« Dites moi qui vous êtes, je hais les inconnus
Qui, dans un bois en pleine nuit accostent les filles nues »
« Chère dame, ne m'auriez-vous donc pas reconnu?
Je suis de ce royaume le prince, haut, digne et absolu »
A ce titre charmée la belle Aurore sourit, et entraînée par ce blond, elle le suivit.
Arrivés au palais, sur le noir cheval du prince, la fille de la nuit indiqua fièrement, que cette si soudaine relation, soit soumise à une condition:
« Cher prince voici la clause qu'il vous faudra respecter:
Chaque nuit je promets de toujours revenir,
Mais au matin levé, il me faudra partir.
De plus, la fenêtre sur la cour, jamais ne sera fermée »
Le prince surprit d'une telle demande, ne se vit pour autant point la refuser. La chair devant lui étant si pure et tendre, qu'aucun homme ne saurait être fou au point de l'offusquer.
[ J'attire votre attention cher lecteur, sur un point épineux de cette histoire de c½ur. Certains d'entre vous, catholiques, bibliques ou autre religieux trouveraient en mes lignes un aspect scandaleux. Les deux tourtereaux éperdument amoureux, vont dès la première nuit, consentir à un jeu, que vous pourriez trouver quelque peu révoltant. Or je vous assure, la chose, était en ce temps des plus courantes.]
La longue nuit finit par laisser place au jour, et dès que l'horizon s'habilla d'un pâle atour, la jeune et jolie femme, reprit ses ailes noires, et avant que le prince ne la voit ainsi faite, elle s'envola par la fenêtre ouverte. Le prince dans un étirement chevaleresque, ses yeux encore à demi fermés, se surpris qu'Aurore se fut envolée ( il ne pensait pas si bien se surprendre).
Il se mit alors à la chercher en tous coins, de la petite fontaine jusqu'au plus immense des jardins, son palais étant si grand, que le soir tombé il n'eut pu avoir tout visité.
Le crépuscule venait d'apparaître, que l'on sonna à la grille du palais. Aurore revint tenir sa promesse. Et elle fit de même tous les jours, partait par sa fenêtre au matin, et le soir l'assurait du retour.
Mais quelques mois plus tard, le prince semblant lassé de cette histoire se demanda quelle pouvait bien être la raison de cette disparition diurne bizarre. Une consultation avec un fin spécialiste des déboires conjugaux, lui aurait assuré un remède idéal:
« Cher Prince, voici mes suggestions,
La première chose à faire,
Pour lever ce mystère,
Est d'assurer une bonne médiation.
Ainsi, posez-lui vos questions,
Et votre couple en verra bénédiction »
Cependant, le prince ne fut pas de cet avis,et se méfiant des fins analystes de profession, il préféra consulter un mage, de sage décision. Celui-ci, par son pouvoir immense, lui fit dépenser bien des sous, pour un avis qui, je le pense, avait toutes chances d'être pensé par un fou:
« Cher prince, voici mes suggestions,
Après avoir, avec elle, accompli votre affaire,
Au moment où ces yeux quitteront cette terre,
Fermez la grande fenêtre,
Et voyez, au matin, ce qu'il peut en être »
Il le fit.
Ce matin là, donc, Aurore, se réveilla. Son prince aux yeux d'azur éteints, son corps se changea, comme il est de son destin, et au moment de prendre son envol, pour rejoindre sa clairière chérie, elle se heurta d'une violence inouïe contre la fenêtre. Elle se retrouva les pattes en l'air, allongée sur le parterre.
Le beau prince, de l'autre côté du lit, les yeux encore embrumés, s'aperçut que la princesse aux cheveux dorés s'était encore échappé. Les sous bien mal dépensés, n'avaient alors rien changé. C'est alors que revenue du monde des assommés, la belle Aurore, déploya ses ailes, attaqua la dure vitre comme une mouche tentant de trouver en vain la sortie. Le fils royal, alerté par les coups de becs, se leva brusquement de son lit, prit son épée de satin gris, et courra l'oiseau dans toute la pièce.
Jusqu'à l'instant, après quelques lames brisées au vent, il su par un geste direct et franc, atteindre de son épée d'or, le cou plumé de la belle Aurore.
Retombèrent enfin sur le sol, les deux morceaux du maudit oiseau. Mais aussitôt avaient-ils touché le marbre, qu'ils reprirent forme normale, et le prince découvrit son erreur.
Après quelques cris et quelques pleurs, que tout le pays entendit, pour tenter d'atténuer sa douleur, il ouvrit la fenêtre qu'il eut fermée la nuit, prit dans ses mains la tête blonde d'Aurore, et se jeta du haut de sa tour d 'or.
Mais avant qu'il ait pu toucher les graviers de la cour, des ailes lui poussèrent dans le dos, un bec lui apparut au nez, un manteau noir, aux douces plumes filées le poussa à s'envoler...
Il garda en son bec la tête de la jolie Aurore. Ainsi si vous voyez dans le ciel, ou posés en tableau, un corbeau se tenant près d'un crâne, il ne s'agit point d'un présage, mais d'un malheur dont un prince en d'autres âges, n'eut jamais pu se repentir.
Cette histoire mériterait un cours
Sur la limite entre haine et amour
Mais je laisse à d'autres cette tâche banale
Je n'ai point le c½ur à vous faire la morale.